Mots, images

LES MOTS
J’aime l’écriture automatique, les mots qui déroulent, déboulent, éclats de voix dans le silence de la raison, fragments de miroirs d’où l’évidence surgit, reconstituante.
J’aime laisser venir des mots de chair et d’os, aux enveloppes douces et aux textures craquantes.
J’aime les mots qui dansent avec la pesanteur, mots de plomb, sur le papier, devenus plumes, ou limaille à disperser aux vents.
J’aime les mots du coeur venus des couches profondes, porteurs d’une géologie des températures.
J’aime les mots du corps comme forces en présence, dans l’immédiateté des cellules, la direction des fluides, l’épaisseur du mouvement. Incarnation.
J’aime la façon dont les mots font résonner le silence qu’ils n’occupent pas.
J’aime adresser les mots, et j’aime qu’ils me soient adressés.
Janvier 2017

CALLING

Toute honte bue

Territoire hanté par

Territoire hanté par les songes

Le hasard écarquille les yeux

Habillé en vieille femme nue.

Je la regarde depuis le centre de ma poitrine

Ses lèvres se plissent ; entre elles se glissent

Des sons.

Elle m’appelle, épelle une à une les lettres de mon nom.

J’arrive en haut des marches de l’église

Où l’on expose les nouveaux nés non destinés.

La porte, dans son ovale, me fait signe d’entrer.

Sur le seuil se délivrent les images bloquées,

Dans l’espace leurs couleurs craquantes ou liquides s’évaporent,

La résistance fond. L’axe des pôles se courbe,

jusqu’à former un cercle dans lequel je respire

une odeur de lilas frais.

L’arche obscure , où les pensées familières viennent pleurer, palpite devant moi,

Enseigne lumineuse au message évident

Je dévie mon axe, le rend à plus fort que lui

Traverse l’ombre.

C’est le soir. Dense, le noir

Danse

L’attente immobile bruissant

Entièrement

M’enveloppe.

Longtemps ou toujours.

Un jour, de cette cape, émerge un fil noueux au ton plus clair.

Ma main prend son envol et cueille sur le sol

Froid

Son extrémité .

Mon corps se plie à la manœuvre, et suit la ligne mouvante,

dont son salut dépend.

Le fil plonge dans la nuit

Je ne suis que là où je le suis.

Avec certitude mes pieds se posent où il n’y a pas de sol.

Chaque pas au dessus du vide est un acte de foi.

Je peux courir maintenant,

j’ai compris, qu’il suffit que je me laisse mouvoir

Sous la course du jour qui n’en finit pas de tourner autour

Mon corps dans le grand corps

Entre l’eau et le ciel portant chacun leurs dérives,

Cloud woman, navire d’écume,

Les faux pas n’existent pas.

 

 


AMOUR
Révélation de l’amour
Un texte s’écrit sur ma peau
Dans mes os
Réédite ma structure
Ouvre des pages scellées
Surprise de ce chemin frayé 
finalement
A travers les broussailles,
à travers les murailles
édifiées, clandestines.

 EVASION
Aurore déserte.
En chemin, les pavés cèdent
leur résistance 
le long de l’eau.
Des interstices, le sable sort
S’évade, suit le courant,
Fuit de la marge, 
jusqu’à la plage, 
où il s’étend

LA CHÈVRE DE MONSIEUR SEGUIN
Ce pieu
Fiché là
au bout de la chaîne qui te ligote
Soi disant
pour te protéger des loupés
qui courent dans la nature en toute liberté.

BURN OUT
Dégât collatéral,
La carcasse gît,
Fracassée, sur son lit
A l’issue
d’une journée
trop remplie.
Débris de « vers »
jonchent le sol hébété.
La direction est rompue,
« Les cieux »  c’est cassé.
La roue tourne dans le vide
que nul mouvement ne troue.

 


S’EN REMETTRE AU MOUVEMENT 
Avançons-nous sans rien devancer.
Laissons les portes béer, les battants
osciller au vent sans direction précise.
Devant, il n’y a rien. 
Au moment où j’avance le pied se crée le chemin.

FIN D’HIVER
Aujourd’hui j’ai mis un bonnet et un short.
La neige n’en finissait pas d’encercler
la chaleur de mon corps.
Je contiens la possibilité du printemps.

 

 

 

CECITE

Une odeur de terre de bruyère est apparue tout à coup, au moment où nul ne l’attendait.

Les esprits étaient tournés vers le ciel, à quêter, guetter on ne sait quel signe annonciateur d’un futur qui ne tarderait pas à se manifester. Si pressés par l’attente, comme suspendus à un vilain crochet…

Ils s’usaient les yeux, devenaient progressivement aveugles à tout ce qui les entourait. Leurs membres les portaient sans qu’ils s’en rendent compte. Sur quoi leurs pieds étaient posés ? Ils ne s’en souciaient guère. Rien n’existait pour eux ici en bas.

Rien n’existait non plus là haut. Les nuées déchirantes, fulgurantes, percées de rayons violets, ne se révélaient pas à leurs yeux grévés. Seule l’attente existait, les coupant de la vie jour après jour, aussi sûrement qu’un mauvais poison d’avril.

décembre 2016

 

 


 

 

 

NAISSANCE

Sur la mer vermeille,

La huitième merveille du monde apparaît.

Elle cherche à attraper l’univers, mais il ne répond pas. Rien à faire.

Elle mange des rayons de lune, et patiente.

L’attente dure longtemps.

Et puis un jour, une nuit profonde,

Le chant lugubre du coucou l’enveloppe.

Entièrement.

De sa cape elle ne ressort plus. Couvée d’obscurité….

A un moment elle bouge, traverse à pied l’ombre,

Où des barreaux de fer résonnent.

Catacombes.

Au bout du goulet étroit sous lequel les eaux charrient des secrets, un jour

elle émerge à la lumière,

dans un espace libéré des étranglements

Aéré.

 


BAIE D’AUTHIE
Lieu d’extrême solitude,
peuplé de mondes étranges
Où le pas se déploie,
livré à la caresse
des éléments.
De douceur, faisant fondre le temps.
Présent, passé, présent futur,
dans un grand tourbillon d’azur
E_T_A_N_T

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Octobre 2016

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